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31.05.2006
Politique et social ( III )
III- Les finalités respectives au social et au politique.
Exemple : Eglise et Etat ont deux finalités différentes et donc sont deux sociétés fondamentalement autres. L’Etat a une mission politique c’est à dire action de l’homme sur l’homme, et l’Eglise a une mission ecclésiale c’est à dire action sur l’âme.
Pour social et politique, il ne peut s’agir de deux sociétés différentes, et ces deux domaines concernent les même individus compris dans la société ( à part les fous et les Saints, qui n’ont pas de vie civile, tous les autres sont obligés de passer par l’Etat ) mais les finalités en sont différentes.
Finalités : Vivre et Bien Vivre
Dans La Politique livre I chapitre I, Aristote expose pour la critiquer la position de Platon et celle de Socrate, qui soutenait qu’il n’y avait pas de différence qualitative entre l’art de bien administre sa famille et l’art de bien administre la Cité ( ils n’y voyaient qu’une différence de nombre plus ou moins grand des personnes c’est à dire une différence quantitative. Saint Thomas commente ce passage, en expliquant qu’il existe une différence de nature et non de degré entre la société politique et les autres sociétés, car elles n’ont pas la même finalité. La famille et les sociétés partielles se proposent la réalisation de biens particuliers : élever des enfants, produire des automobiles… La société politique a pour but de réaliser les conditions harmonieuses de bonne atteinte de ces biens particuliers : elle doit établir la paix, la justice, c’est à dire tout ce qui permet aux citoyens d’arriver à leur plein développement spirituel, intellectuel, matériel. Ainsi, la politique inclut la morale comme l’espèce inclut le genre.
Le Vivre = ce qui est formellement nécessaire à la vie humaine : l’existence, l’éducation… c’est à dire les choses nécessaires à la vie, sans lesquelles la vie présente n’est pas possible. La famille ne peut toutefois produire tout ce dont ses membres ont besoin pour vivre. Le Vivre c’est donc produire ce qui est nécessaire à la survie humaine.
Le Bien Vivre c’est le bien intégral, la vie selon la vertu. En d’autres termes, c’est produire ce qui est nécessaire au salut.
La politique ( action de l’homme sur l’homme ) en raison de son objet matériel, qui est immanent à l’homme, à savoir mouvoir les intelligences et les volontés, fait partie du domaine de l’agir et non du faire.
( Le faire = faculté de produire, des objets, secondée par la raison. Il est différent e l’agir qui lui aussi émane de l’homme, mais s’exerce sur l’homme comme par l’éducation, le commandement… La connaissance relative à l’agir s’appelle science pratique ou morale.
La fonction qui appartient authentiquement au pouvoir politique est de promouvoir autant qu’il est possible une entente mutuelle entre tous les citoyens, ou plutôt un ordonnancement de tous les citoyens au bien commun. Autrement dit, avant l’entente mutuelle c’est à dire la paix, vient l’union pour le bien commun, l’union avant la paix et parfois l’union pour le bien commun au détriment de la paix, par la loi et même la contrainte ( contrairement à la thèse personnaliste ). Parce que sans paix sociale, il ne peut y avoir d’Etat, donc pas de politique. D’où intérêt de la paix sociale.
Par conséquent, les possibilités de nuisance d’une politique ne poursuivant pas le bien commun sont considérables. La forme désordonnée, non conforme aux lois divines, que le politique donne à la société entraîne le mal des âmes, parce que l’on aboutit soit au monopole du pouvoir par une élite ( oligarchie, tyrannie, despotisme ), soit à la loi du plus fort ( anarchie ).
Conclusion s’impose : à mal individuel remède individuel, à un mal social remède social mais à un mal politique remède politique.
A titre d’exemple :
- la solution « soyez vertueux ou formons des familles catholiques » c’est à dire
remplacer le politique par le religieux est une erreur ! nos contemporains catholiques ne sont décidés à agir que s’ils perçoivent une persécution directement anti-catholique ( Halloween ).
Ils ne perçoivent plus la nocivité intrinsèque du système. D’autres ne s’intéressent qu’au politique et veulent remplacer les remèdes politique par les remèdes religieux.
A cela, on peut répondre : Rendez à César ce qui est à césar et à Dieu ce qui est à Dieu ( Saint Matthieu) . Le début de la phrase n’est pas une clause de style. Saint Thomas nous explique : « le pouvoir spirituel et le pouvoir temporel proviennent l’un et l’autre du pouvoir divin. Le pouvoir temporel est donc soumis au pouvoir spirituel dans la mesure où Dieu l’y a soumis, c’est à dire pour ce qui se rapporte au salut des âmes. C’est pourquoi, en ces matières, il faut plutôt obéir au pouvoir spirituel qu’au pouvoir séculier. Mais dans les matières qui se rapportent au bien de la cité, il faut plutôt obéir au pouvoir séculier qu’au pouvoir spirituel.
L’argument de Gilson : c’est la foi qui a construit les cathédrales du moyen age, sans doute, mais la foi n’aurait rien construit du tout s’il n’y avait eu aussi des architectes ( Christianisme et philosophie éd Vrin p 156 ).
Donc, sauver les âmes c’est le rôle du pouvoir spirituel ( Eglise poursuivant le bien commun ), créer les conditions favorables à ce salut, c’est l’effet propre qui est obtenu par la loi promulguée par l’Etat lorsque celui-ci poursuit sa véritable mission, le bien commun politique ( mission de l’Etat ).
Par conséquent, le pouvoir temporel qui déroge à cela est un pouvoir illégitime et on a le devoir de la combattre.
- le terrorisme intellectuel, nivellement par bas institué par la collusion entre la classe
politique et la classe médiatique ( pour que les gens deviennent bêtes ) la solution apportée par certains est de dire « jetez vos télévisions » ! or ce remède n’est qu’un palliatif, personnaliste ou familialisme donc insuffisant et injuste. Cela revient à ramener à la morale individuelle ce qui relève de la (morale) politique. Nous sommes face à un problème politique qui nécessite un problème politique protégeant tous les citoyens. Jean Ousset : « s’il était prouvé que par le seul rayonnement de quelques individus.. .On peut créer et entretenir d’une façon durable un climat général capable de rendre à tous possible et aisée une vie digne de l’homme et du chrétien, une telle réussite prouverait l’inutilité de l’Etat et de la société politique… »
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