« 2007-11 | Page d'accueil
| 2008-01 »
20.12.2007
La France a-t-elle encore une défense?
Cercle de Nice du 14/12/07
Dans l'antiquité grecque, seuls les citoyens pouvaient participer à la défense de la cité. Le Directoire s'est inspiré de ce modèle en rendant le service militaire obligatoire. Aujourd'hui, nous manquons d'une vision communautaire de la société, l'individulisme et le repli sur la sphère privé l'emportent. L'idée de se sacrifier pour la cité n'existe plus.La défense nationale, qui a pour but de défendre les conditions du Bien Commun, rencontre alors une double contradiction qui est la suivante, la défense n'est plus vraiment nationale, puisqu'elle n'est plus « l'affaire » de tous les citoyens et comment la défense peut-elle bien rester nationale quand le discours politique tend à s'orienter vers une approche européenne de la défense ?
Changement de menaces.
Avant la chute de l'URSS, la défense était simple, puisqu'il s'agissait de faire face à un Etat ou à un groupe d'Etats. La monté du terrorisme, et notamment les attentat du 11/09 ont modifié la situation internationale au point de susciter une nouvelle appréhension stratégique.
Les nouvelles menaces sont ASSYMETRIQUES (terrorisme et crime organisé) et nécessitent une nouvelle défense dite "globale".
1.Organisation de la défense.
a) Les acteurs politiques.
Les Président de la République est garant de l'indépendance nationale, de l'intégrité du territoire et le chef des armées. Il dispose du pouvoir du feu nucléaire et de la possibilité d'utiliser l'article 16 de la Constitution qui lui donne les pleins pouvoirs en cas de crise majeure.Le 1er Ministre est responsable de la défense nationale (rôle ambigue vis-à-vis du chef de l'Etat). Ils doivent donc travailler en étroite intelligence.
Les autres responsables sont le ministre de l'Intérieur pour ce qui est de la sécurité civile, le ministre de l'économie ,le ministre du budget, le ministre des affaires étrangères et bien entendu, le ministre de la défense.
Le Secrétariat Général de la Défense Nationale coordonne les efforts des différents ministères dans le domaine de la défense
b) les acteurs militaires.
Le ministre de la défense doit exécuter la politique de défense sous la responsablilité du 1er ministre. Le Chef d'Etat-Major des Armées sert d'interface entre le gouvernement et les armées. Il possède un commandement organique et un commandement opérationnel. Il dirige le chef d'Etat major de l'Armée de Terre, de l'Air et de la Marine.
c) les alliances de la France.
Alliance militaire:
L'OTAN (Organisation du Traité de l'Atlantique Nord, scellée en 1949) dont l'EM est en France jusqu'en 1966 a pour but initial de faire face à la menace soviétique et aux forces du Pacte de Varsovie. Depuis la chute de l'URSS, l'OTAN qui n'avait plus de raison d'être, a trouvé de nouvelles missions: Ancrer l'Europe de l'Est en son sein, engluer la Russie par des partenariats avec les anciennes républiques et empêcher l'Union européenne de la Défense.
Alliance politique:
En 1954, après l'echec de la CED (communauté européenne de la défense), dû en grande partie à la France qui souhaitait conserver son pré carré militaire et qui ne souhaitait surtout pas une alliance avec l'Allemagne (neuf ans seulement après la guerre), une nouvelle alliance politique celle-là allait naître, la Communauté européenne. Mais cette communauté n'a rien d'une alliance militaire. En 1992, cependant, le Traité de Maastricht prévoit la PESC (politique de sécurité commune), qui n'engendre aucun résultat concret et dont les missions sont principalement humanitaires, le plus souvent sous l'égide de l'ONU. En 2003, enfin, est créée la Force de Réaction Rapide composée principalement d'éléments français et allemands, mais dont les missions sont elles aussi humanitaires et sous l'égide de l'ONU ou de l'OTAN. Une défense européenne n'est pas prète de naître, chaque Etat voulant légitimement garder ses conceptions de la défense, et ce malgré l'embryonnaire BFA (brigade franco-allemande). Pour une défense commune, il faudrait un Etat fédéral, ce qui semble plutôt illusoire.

a) les nouvelles menaces
Toute une série de nouvelles menaces modifient de manière radicale la façon de penser la défense, autrefois tournée contre un Etat ou un groupe d'Etats (URSS de 1945 à 1991). Ce sont les menaces contre la sûreté générale de l'Etat (terrorisme, émeutes insurrectionnelles...) les menaces contre les intérêts nationaux (économiques, désinformation, espionnage) et enfin les menaces contre les biens et les personnes (criminalité organisée, terrorisme, zones de non-droit).
b) la mise en oeuvre de la défense globale
Les fonctions stratégiques
La France laisse planer une menace de riposte dont l'ampleur est suffisante pour faire prendre conscience à tout adversaire potentiel que le risque encouru par la guerre serait mille fois plus grand que tous les profits pouvant en émaner, c'est la dissuasion nucléaire, l'arme nucléaire étant une arme de non-emploi. La protection, qui est l'apanage de la sécurité civile est une autre fonction stratégique, de même que la prévention par la présence militaire française à l'exterieur et les services de renseignement (DGSE, DRM, DST, RG) , et enfin, la projection, c'est à dire la capacité de projeter une force militaire à l'extérieur du territoire en un minimum de temps est le quatrième pillier de la stratégie française.
La guerre de l'information.
Elle se résume à trois points capitaux, la guerre pour l'information qui consiste à aller chercher l'information, la guerre par l'information, par la propagande et la désinformation et enfin, la guerre de l'information qui consiste à détruire les vecteurs d'information, par des bombardements sur des émetteurs de télévision. Les Etats-Unis en sont les spécialistes, mais la France, par ses satellites est le seul état en Europe à être capable de mettre en oeuvre une stratégie similaire spatiale (à bien moindre échelle!!!)
c) Mise en oeuvre d'une armée de métier
Cette mise en oeuvre correspond à nos nouvelles stratégies. L'armée exige plus de compétences de pointe, desservies par des effectifs mieux formés mais restreints, nous sommes passés entre 1996 et 2007 de 600000 à 436000 hommes. La France a assez bien réussi son adaptation. Pour épauler cette force, la France dispose d'une réserve opérationnelle et d'une réserve civile de 100000 hommes dont 40000 gendarmes permettant d'accroître les compétences militaires par des compétences civiles. Par ailleurs, dans le monde universitaire, les masters spécialisés dans la défense sont de plus en plus nombreux. Un think-tank puissant : l'IHEDN, Institut des Hautes Etudes de la Defense Nationale.
3- Les acteurs et les moyens de la défense nationale.
a) Les forces armées
L'armée française doit être capable de déployer 50000 hommes en Europe ou 30000 dans un cadre international et 5000 par elle-même. Pour cela elle dispose de moyens.
L'armée de Terre : 600 Véhicules blindés légers, 350 chars légers, 400 chars lourds, 260 canons d'artillerie, 350 hélicoptères de combat et de transports.
Marine Nationale : c'est une composante essentielle de la dissuasion avec 4 sous-marins nucléaires lanceurs d'engins (comprenant chacun 16 missiles multitêtes) et de la projection avec 1 porte-avion nucléaire (qui est en révision pour 18 mois!!!) doté de 9 rafales marine, 6 sous-marins nucléaire d'attaque, 3 frégates anti-aériennes, 22 frégates multi-missions, 15 transports légers et patrouilleurs.
L'armée de l'air dispose de la Force d'attaque stratégique (FAS) avec 3 escadrons de mirages 2000 N dotés de missiles ASMP. Pour la prévention, des avions radar AWACS, pour la protection et la projection 355 avions de combat (Mirages FI et 2000, Rafales...), 80 avions de tranport tactique(Transall/Hercule) bientôt remplacé par l'A400-M, 14 ravitailleurs et 87 hélicoptères.
b) sécurité interieure
La sécurité intérieure est assurée par la gendarmerie qui a un rôle administratif et judiciaire sur 95% du territoire, dont 17000 gendarmes mobiles avec des hélicoptères et un groupe blindé. Ils font désormais partie des groupes d'intervention régionaux avec la police, les douanes et les stup.
c) Armement et crédits
La DGA (délégation générale de l'armement) recourt aux industries publiques (Snecma), comme au secteur Privé : Groupe aérospacial EADS groupe electronique THALES.
Le gouvernement doit faire face aux rivalités des Etats-Majors, ainsi qu'au coût unitaire sans cesse croissant des équipements militaires.
Les perspectives sont les suivantes :
La construction d'un porte-avions à propulsion classique, d'un SNLE "le Terrible", de 2 SNA de classe "barracuda", de 8 frégates, du rempacement des missiles nuclaires M41 par des M51, du nouveau transporteur A400-M, de nouvaux chars Leclerc (bien que des coupes claires aient taillé les commandes) et d'avions Rafale sont prévus pour les années à venir. Les crédits alloués à la défense entrent dans le cadre de plans sur le moyen terme (15 milliards d'euros annuels, 30 avec les dépenses de fonctionnement pour la loi de programmation militaire 2003-2008, mais chaque année le budget doit être voté à l'assemblée nationale). Le budget de l'armée est en hausse relative dans l'absolu, mais les finances de l'Etat, comme celles des armées, sont confrontées de manière concrète à un important déficit budgétaire.
Conclusion.
La défense nationale dépend de plus en plus des instances internationales et principalement de l'ONU. La France se classe aujourd'hui parmi les puissances moyennes et dépend en grande partie d'une l'industrie de l'armement aux assises fragiles. La défense nationale possède tout de même des atouts. Elle a une certaine capacité de projection et possède des unités relativement modernes.
La défense nationale est une politique sur le long terme, car une loi de programmation militaire n'est jamais à l'abri d'une modification du paysage politique et donc d'une décision politique. Il est plus que nécéssaire, pour assurer la défense de nos intérêts, d'avoir une politique inscrite dans la durée, ce qui ne peut se concevoir sans changement institutionnel.
19:35 Publié dans Conférences, Cercles | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : armée, royaliste, nice, conférence
